L’une des bases du Léninisme et du Bolchévisme qui portera la révolution russe, la dictature du Prolétariat en URSS et l’édification socialiste, c’est l’alliance des ouvriers et des paysans. Dans ce contexte, les fondateurs du Komintern, l’internationale communiste, n’ont pas oubliés de fonder en supplément, parmi les organisations internationales sœurs du Komintern, le Krestintern, « l’internationale des paysans » . Pourtant, son existence reste, aux yeux des communistes d’aujourd’hui, une grande inconnue. Nous allons donc partir à sa rencontre. 

Une base léniniste

 « D’aucuns pensent que la base, le point de départ du Léninisme est la question de la paysannerie, de son rôle, de son importance. C’est là une opinion erronée. La question fondamentale du Léninisme, son point de départ est la question de la dictature du prolétariat, des conditions de son établissement et de sa consolidation. La question paysanne, en tant que question de la recherche d’un allié pour le prolétariat dans sa lutte pour le pouvoir, n’en est qu’un corollaire. […] La question paysanne est partie de la question générale de la dictature du prolétariat et, comme telle, représente une des questions les plus importantes du Léninisme. » J.V. Staline, dans « Les principes du Léninisme » .

Le Krestintern, cette organisation internationale communiste dédiée aux paysans est la mise en pratique d’une base importante de la théorie des léninistes. En effet, pour ces derniers, l’alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie est une condition indispensable à la réussite de la révolution socialiste, et par la suite de l’édification socialiste. Voici ce que ce que Lénine disait à ce propos:

Sur la Révolution: « Tout d’abord, il faut marcher avec toute la paysannerie contre la monarchie, les propriétaires fonciers, le régime moyenâgeux (et dans cette mesure la révolution reste démocratique-bourgeoise). Ensuite, il faut marcher avec les paysans pauvres, les demi-prolétaires et tous les exploités, contre le capitalisme et ses représentants à la campagne: richards, koulaks, spéculateurs; et ainsi la révolution devient socialiste » -1-

Sur l’édification socialiste: « Possession par l’état des principaux instruments de production, possession du pouvoir politique par le prolétariat, alliance de ce prolétariat avec la masse immense de petits paysans qu’il dirige, n’est ce pas là tout ce qu’il nous faut pour pouvoir, avec la seule coopération […] procéder à la construction pratique de la société socialiste? » -2-

Si la théorie bolchévique de l’alliance entre le prolétariat et la paysannerie est une théorie pleinement mis à l’ordre du jour par Lénine, elle n’en était pour autant pas absente de la théorie marxiste originale, puisque Engels déjà avait parler des intérêts communs du prolétariat et de la paysannerie dans leur combat contre le capitalisme.

Parlant au nom des communistes, Engels disait: « Nous sommes résolument pour le petit paysan. Nous ferons tout notre possible pour lui rendre la vie plus tolérable. » -3-

Lénine et le Parti Bolchévik, bien aider par la guerre impérialiste et la monstruosité du régime féodal à la campagne, ont travaillés d’arrache pied pour réussir à réaliser concrètement cette alliance des travailleurs de la ville et des champs. Dans les faits, ailleurs en Europe, la paysannerie était historiquement une réserve pour la bourgeoisie. Mais le travail des bolchéviks, les critères particuliers de la Russie des tsars et la volonté de continuer la guerre des socialistes-révolutionnaires et des mencheviks, ont progressivement détournés l’immense masse paysanne des éléments bourgeois et opportunistes, pour les entraîner progressivement vers le parti du prolétariat.

Leurs efforts ont détournés les masses travailleuses du monde rurale, d’abord de la bourgeoisie, puis des socialistes révolutionnaires et autres mencheviks, notamment grâce au mot d’ordre « La paix maintenant » et « La terre aux paysans ». Enfin, le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux Soviets » entraina définitivement les paysans, membres eux-aussi des Soviets, à la suite du prolétariat dans une convergence solide contre le capitalisme et la bourgeoisie. Et c’est lors de l’insurrection de 1917 que cette alliance va prendre toute son ampleur, avec le soutien des travailleurs des campagnes à la prise du pouvoir politique par les travailleurs des villes.

Alors, nous pourrions penser que l’aboutissement final de cette alliance fut la révolution d’Octobre, mais ce n’est en fait que son commencement. Lénine nous disais que la Révolution n’était rien si elle n’instaurait pas la dictature du prolétariat et le Socialisme. Or, ces deux tâches immenses du prolétariat révolutionnaire serait impossible sans le concours de la paysannerie, surtout dans un pays comme la Russie de 1917, où le prolétariat était peu développé.

En effet, la dictature du prolétariat n’aurait pu se maintenir en URSS sans le soutien du monde rural et des paysans, soutien obtenu par l’expropriation des propriétaires fonciers et dans le combat face aux Koulaks, notamment. Cette mise en place pratique du mot d’ordre « La terre au paysan » a véritablement renforcée l’alliance entre les ouvriers et les paysans, et donc ont renforcée la dictature du prolétariat, laissant la bourgeoisie sans réserve et désarmée.

Mais aussi, la dictature du prolétariat, visant à écarter définitivement la classe bourgeoise du pouvoir politique grâce au mot d’ordre « Tout le pouvoir aux Soviets » , ne serait rien qu’une chimère si elle n’introduisait pas et n’encadrait pas la construction de la société et de la production socialiste. Or, comment construire un nouveau modèle de production et de répartition, ainsi qu’une nouvelle société, sur les bases du socialisme, sans être en alliance avec l’immense majorité de la population, et sans être unis avec les producteurs agricoles? Cet enjeu de la construction socialiste a provoqué deux réponses au sein du Parti Bolchévik à la disparition de Lénine :

  • Ou bien nier le rôle révolutionnaire de la paysannerie et son alliance effective avec le prolétariat, et conditionner la réussite de la construction socialiste à la révolution d’autres prolétariats européens développés, c’est la Théorie de Trotsky et de « La révolution permanente » ;
  • Ou bien affirmer le rôle révolutionnaire de la paysannerie et son alliance effective avec le prolétariat, et conditionner à celle-ci la réussite de la construction socialiste en URSS sans attendre, c’est la Théorie de Staline et du « Socialisme dans un seul pays« 

C’est la proposition du Camarade Staline qui sera retenue et c’est donc sur cette base que le Léninisme et le Bolchévisme vont poursuivre leurs travaux. C’est avec cet Théorie qu’ils vont entreprendre le défi de construire le socialisme en URSS, malgré l’encerclement capitaliste, le sous-développement des forces productives du pays et l’absence d’autre révolution prolétarienne européenne.

Voici ce que disait Staline à ce sujet:

A propos du rôle de la paysannerie dans l’édification du socialisme: « Les sceptiques le nient, déclarant que la paysannerie se compose de petits producteurs et, par suite, ne peut être utilisée pour l’organisation des bases de la production socialiste. Mais ils se trompent, car ils négligent certains facteurs d’une importance capitale en l’occurrence. […] Une paysannerie qui a traversée trois révolutions, qui a lutté contre le tsar et le pouvoir de la bourgeoisie avec le prolétariat et sous sa direction, et qui a reçu la terre et la paix grâce à la révolution prolétarienne, est devenue un auxiliaire fidèle du prolétariat. […] Le Léninisme a raison de considérer les masses paysannes comme la réserve du prolétariat. Le prolétariat au pouvoir peut et doit utiliser celle-ci pour souder l’industrie à l’économie rurale et poser solidement les fondations de l’économie socialiste. » -4-

Voilà donc le contexte théorique et pratique de la création du Komintern. L’histoire donnera raison au Camarade Staline, puisque l’URSS va réussir son défi, entrainant avec lui l’augmentation de plus de 20 ans de l’espérance de vie de la population, réduisant l’analphabétisme et les famines chroniques de l’Ex-Russie tsariste, construisant une industrie et une agriculture suffisamment forte pour repousser la machine de guerre nazie.

C’est donc tout naturellement que la création du Komintern, l’internationale communiste, fut accompagné rapidement par la création de l’internationale paysanne communiste, le Krestintern.

Pour une internationale paysanne rouge

Le but de cette création était de lancer une internationale des paysans, qui soit communiste et révolutionnaire. Son objectif initial fut d’abord de répandre le mot d’ordre de « L’alliance du prolétariat aux paysans » dans les pays capitalistes, puis de développer une alliance et des échanges internationaux entre la paysannerie révolutionnaire de l’URSS et celles des autres pays, souvent encore sous l’emprise de l’idéologie bourgeoise.

Sa stratégie de départ était donc double:

  • soustraire de l’emprise de l’idéologie bourgeoise les masses de paysan des pays capitalistes grâce aux échanges avec la paysannerie révolutionnaire russe;
  • Et participer à la construction, partout ou cela est possible, à l’union effective des ouvriers et des paysans dans leur combat contre le capitalisme, sur la base du modèle de la révolution russe et de la construction socialiste en URSS.

Rapidement, sa situation va évoluer, et ses objectifs aussi. En effet, elle ne prendra pas l’influence qu’elle espérait avoir sur les paysanneries d’autres pays capitalistes. La période d’une relative stabilisation sociale qui suivra les répressions des soulèvements prolétariens alsaciens, irlandais, allemand et italiens ne lui sera pas favorable au niveau international. De plus les immenses tâches se présentant au Komintern laisserons au second plan les actions à entreprendre pour réussir le Krestintern. Notons qu’à cette époque, Boukharine en sera un des dirigeants importants, avant d’être écarté.

Staline tenta, à la fin de la vie du Krestintern, de relancer son activité autour de la diffusion internationale des réussites scientifiques, techniques et politiques de la paysannerie de l’URSS. Sans critiquer l’utilité de telle campagne d’information au niveau international, à destination des prolétariats et paysanneries des pays capitalistes, ce virage consacre la fin (elle a eu beaucoup de peine à jouer son rôle) de l’internationale paysanne rouge en tant que « Coordination internationale des paysanneries révolutionnaires » et aussi la fin de l’idée d’un « Conseil international des paysans« . à cet instant, le Krestintern commence à évoluer lentement en appareil international de propagande agricole communiste.

La fin

Après la crise économique mondiale, le début des années 1930 voit l’internationale paysanne disparaitre officiellement, pour laisser place à l’organisme qui incarne le seul rôle que Staline aura réussit à lui donner : L’institut Agraire International. Ce dernier, dévolu à être principalement un instrument de propagande des réussites agricoles de l’URSS, n’est alors plus liés directement avec le Komintern, qui plus tard disparaitra lui aussi pendant la seconde guerre mondiale.

Un Nouveau Krestintern?

La mort de l’internationale paysanne communiste est-elle pourtant définitive? Depuis, l’exterminisme capitaliste a atteint tout ce qu’il pouvait, et entraîne dans sa chute toute l’Humanité. Les nouveaux défis climatiques, alimentaires et économiques ne rendrait-il pas nécessaire aujourd’hui une organisation internationale des paysans? Cette dernière, pourrait préparer la Révolution pour sauver la planète de la destruction capitaliste. Mais elle pourrait aussi devenir l’outil principal pour construire l’agriculture de demain. Elle pourrait aussi aider les paysans du monde entier à faire face aux immenses besoins alimentaires du monde et à faire face aux dérèglements climatiques. Enfin, elle construirait l’union international des paysans pour édifier collectivement une agriculture socialiste et paysanne, durable, respectueuse des hommes et des écosystèmes. Ce projet de faire naître une organisation d’échanges, de partages et de coordination de la paysannerie du monde entier, n’est-t-il pas plus que jamais à l’ordre du jour?

1 – Lénine dans « La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky »

2 – Lénine dans « De la coopération »

3 – Engels dans « La question paysanne »

4 – Staline dans « Les Principes du Léninisme »

 par Fear Dorcha Mac Seáinín pour La Sociale et Étincelles.

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