La Convergence des Luttes…

 

Celle-ci est très à la mode en ce moment, parait qu’il faut qu’on converge, tous les mécontents, toutes les victimes du macronisme, tous ensemble, l’union fait la force. Mais seulement voilà, si tous le monde l’appel de ses vœux, invoquant le souvenir de convergences passées ou le spectre d’une défaite sociale supplémentaire, elle est encore loin d’être en place et de fonctionner d’une manière qui pourrait laisser entrevoir autre-chose qu’une déculotté en rase campagne du mouvement social.

Rétrospective

D’abord, de quoi parle-t-on? La politique de Macron fait de nombreux, de très nombreux mécontents. C’est normal, puisqu’il s’attaque au grand nombre. Seulement voilà, l’ensemble de ces mécontentements sont totalement polarisés, divisés et désorganisés. Ce fait date de nombreuses décennies, et constitue un des éléments fondateurs de la décrépitude actuel du mouvement social, politique et syndical. De trop nombreuses concurrences de personnes, d’ambitions ou de corporations, encouragés par les politiques néo-libérales et de concurrence à tout va, ont découpés en petits prés carrés l’ensemble du mouvement syndical et politique.

Cet état de division repose aussi sur des désaccords politiques et stratégiques majeures, mais la base populaire de la contestation n’en a que faire. Malgré tout, cette division est très ancrée et entraine avec elle un immobilisme et une relative impossibilité de construire une réponse commune à une attaque sans précédent qui n’épargne aucuns d’entre-nous.

Au delà des divisions politiques et syndicales, c’est aussi l’approche des rapports de force par branche ou par corporation, divisant ainsi les forces en présence et permettant des négociations séparés, comme avec les routiers pendant la lois sur les Ordonnances Travail, qui entraîne, depuis trop longtemps, une accumulation de dates de mobilisation en demi-teinte, éparpillant les forces, provoquant reculs sociaux sur reculs sociaux dans toutes les branches attaquées.

L’appareil de contestation social, tous partis politiques, syndicats et associations confondues, est grippé, comme incapable de se synchronisé et de se mettre en mouvement en même temps, contre le même ennemi. Celui-ci ne joue plus son rôle d’organisation de la classe ouvrière et ouvre grand les portes aux folies de la bourgeoisie, de l’UE et de Macron pour libéraliser tout le pays et mettre l’ensemble du prolétariat au pas.

Il est vrai que l’histoire du mouvement ouvrier n’a pas toujours été aussi sombre, et l’union sans faille de la CGT et du PCF lors de la libération à permis de faire la révolution communiste de 1945, contre le patronat et la droite collaborationniste et bourgeoise.

C’est dans ce contexte que la tentative du « Front social » en 2017 à essayé d’émerger, afin d’amener cette nécessité du « tous ensemble et en même temps » sur la table. Au delà de l’appel à la convergence et à des dates communes, c’est l’appel à une grève générale reconductible que nos camarades du front social formulent, tirant les leçons des échecs de 2010 et 2017 sur les retraites et la loi El Kohmri.

Malgré un engagement militant sans précédent, surtout au niveau local, celui-ci n’est pas encore parvenu à peser sur les décisions de mobilisations sociales. Pour l’instant, on ne peut pas dire que c’est une réussite, mais il témoigne de l’envie de construire une convergence, au moins pour un certain nombre de bases militantes.

Puis voilà le pot au feu du 5 mai, ainsi que la marée populaire du 26 mai, ces deux tentatives reposent la question d’une construction commune de la mobilisation, dans des conditions qui permettent au maximum de participer. L’organisation de ces dates communes a permis à beaucoup de gens qui ne se parlaient plus de se reparler, au delà de leurs divisions.

La convergence à la remorque des corporations

Ces petits pas vers un mouvement commun ou une convergence des luttes ne doivent pas masquer l’absence de résultats concrets, pour l’instant, de ces multiples démarches. En effet, malgré l’organisation de cette date commune, un grand nombre de mobilisations sectorielles ont continuées à fleurir dans le mouvement social, celui-ci est toujours autant polarisé et aucune prise en main commune de la lutte n’a vu le jour.

Pire, beaucoup d’organisations signataires de l’appel du 26 mai on organisées la même semaine plusieurs mobilisations dans leurs secteurs respectifs, plaçant en faite la convergence du 26 mai à la remorque des mobilisations sectorielles, posant simplement une date de plus, encore une.

Le voilà le problème et l’objet de ce coup de gueule. Beaucoup de raisons stratégiques poussent les secteurs à se mobiliser entre eux, comme la facilité ou la visibilité. Beaucoup d’organisations de branche cherchent avant tout à être visible en tant que telle, ne souhaitant pas être noyées dans la masse, le problème c’est que les décennies de défaites sociales montrent que cette stratégie ne fonctionne pas et en plus divise le mouvement social dans son ensemble. Conscient du besoin de convergence sans être prêt à s’effacer au sein d’un collectif de lutte global, sans être prêt à arrêter de tirer la couverture vers leurs corporations, l’ensemble des organisations sociales fonctionnent donc à l’envers, organisant des multitudes de dates respectives et appelant les autres secteurs à les rejoindre dans leurs actions. 

Ainsi, chaque paroisse organise sa messe et demande aux autres paroisses, eux-même très occupées à organiser leurs messes, de venir participer à la leurs ainsi qu’a toutes celles des autres. Il faut impérativement et rapidement sortir de ce fonctionnement pour ne pas perdre une fois de plus le combat social.

La convergence dans le bon sens? Espoir ou Utopie

Le résultat de ce fonctionnement où la convergence suit les décisions prises dans les différents secteurs entraine une polarisation et une division du rapport de force qui nous sera fatale sans réaction de notre part. Alors que faire? J’appel, sans retenue, les organisations qui se sont mis autour de la table, localement et au niveau national, à continuer leurs discussions pour construire une véritable convergence.

Pour se faire, elle doivent faire pression sur leurs équipes militantes pour stopper les mobilisations par secteurs, et en même temps construire des mobilisations convergentes, nationales et unies, pour faire face d’une seule voie à la bourgeoisie et à Macron. 

Ceci passe par l’organisation commune de toutes les manifestations, ainsi que par l’élaboration d’une plateforme de revendications immédiates commune.

Cette stratégie impose une discussion permanente entre les différentes composantes du mouvement social, et une mise de cotés des problèmes de personnes et de corporations. Aucuns d’entre nous ne pourra, seul, faire reculer un gouvernement aussi déterminé. 

Cependant, si la nécessité de celle-ci parait indéniable, son existence est loin d’être une réalité. En effet, l’attitude de nombreuses organisations, entre sectarisme et stratégie politique ou syndicale, est un frein considérable au rassemblement du mouvement de contestation, et les élections européennes approchant, couplée aux prises de positions récentes du PCF et d’EELV, ne semblent pas laisser entrevoir une union large dans un futur proche.

Mais si voir cette union large se réaliser paraît être une Utopie, Une union plus restreinte, débarrassée des éléments les plus modérés et réformistes, ainsi que des éléments les plus gauchistes et sectaires, ne serait-elle pas suffisante?

L’espoir fait vivre, gardons le au risque de mourir plus vite que prévu.

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