Portrait #2 : Bernard Friot

bernard-friot-penser-monde-nouveau-1Bernard Friot est économiste et sociologue, professeur émérite à l’Université Paris X.

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Il anime une association d’éducation populaire « Réseau Salariat » et c’est le théoricien d’une économie socialiséebasée sur la socialisation du salaire inspirée du statut de la Fonction publique et du régime général de la sécurité sociale, mis en place par le programme du CNR en 1946.

 

 

Tout d’abord, je vous recommande, pour les plus intéressés, d’aller visionner la conférence gesticulée de Bernard Friot « à quoi je dis Oui » :

Pour ceux qui souhaitent aborder la question sous un angle plus simple, et surtout plus rapidement, je vous recommande la Video de vulgarisation d’Usul2000, « Bernard Friot : Le Salaire à vie » :

Enfin, Pour comprendre rapidement son analyse et sa proposition, et surtout pour la répandre de manière efficace, je vous propose une vidéo incontournable:  « Comprendre Bernard Friot en 10min » :

Alors, Qui est Bernard Friot?

C’est inutile de vous présenter sa vie, son enfance, ou son plat préféré, Nous allons parler de son analyse du capitalisme, de l’histoire et surtout, de sa proposition économique.

En bref, il propose une société économique basée sur la socialisation du salaire, produit du travail collectif, seul producteur de valeur économique. Cette Théorie s’inspire principalement de deux systèmes déjà existants dans notre pays: Le Régime générale de la Sécurité sociale, et le Statut de la Fonction publique. Il propose de s’appuyer sur ces structures communistes existantes pour construire une Alternative au capitalisme.

En effet, dans la société capitaliste, on considère que la valeur économique (le PIB) d’un pays est produite par le capital et le travail. Ceci repose sur deux croyances fondamentales de ce que Friot appelle « l’église capitaliste » :

  • Le capital et/ou le Patrimoine est producteur, en tant que tel, de valeur économique;
  • Le crédit, c’est à dire l’apport de capital par un tiers ou une banque, est indispensable pour que le travail puisse devenir producteur de valeur économique.

Si l’on se rapporte à ces 2 croyances, alors Le capital est indispensable au travail, il produit de la valeur et c’est alors logique qu’il soit source de profits.

C’est justement ce que Friot réfute dans sa critique du capitalisme, pour lui, le capital ne peut pas, dans aucune situation, être producteur de valeur économique. En effet, lorsque je pose 10€ sur une table, 10 ans plus tard, il n’y aura pas plus de 10 €. Comme dit le vieux dicton quand tu fais tomber une pièce de monnaie au sol, « Haha, ça ne repousse pas! ». il en va de même pour des Milliers d’euros que l’on mettrait quelque part… il paraît que parfois, je peux « faire travailler » de l’argent, vous avez déjà vu un billet de 100€ travailler, avec ses petites mains?

L’investissement du capital

« Le bénéfice encaissé au delà de l’investissement est ponctionné sur la valeur produite par le salarié, en fait, c’est du vol. »

En fait, c’est plus complexe, pour qu’un capital « fructifie », il faut « l’investir », en fait, il faut lemettre en œuvre dans une structure économique, via le travail d’autres individus, cette fois bien humains. Pour faire simple:

  • J’ai 10 000€, j’achète avec ça une machine à faire du pain.
  • J’embauche un salarié qui va faire le pain, et le vendre, mon rôle n’est que d‘apporter le capital de départ;
  • Après avoir payé les matières premières et le salarié, je récupère les bénéfices de l’entreprise;
  • Au bout de 2 ans, les bénéfices que j’ai récupéré après impôts s’élèvent à 12000€, j’ai donc fait « fructifier » mon argent, il a « fait des petits » sans que je travaille personnellement.

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C’est exactement ce fonctionnement qui est dénoncé dans sa critique, car le capital n’a pas « fructifié », la plus-value finale n’est le fruit que du travail du salarié qui a mis en œuvre l’investissement. Le bénéfice encaissé au delà de l’investissement est ponctionné sur la valeur produite par le salarié, en fait, c’est du vol.

 

Le PARASITISME économique

Voici un second exemple:

  • Je plante 100 pieds de pommes de terre dans un champ inactif;
  • Je les entretiens, les buttes et ramasse 100kg de pommes de terre à la fin de l’année;
  • Je les mets dans des petits sacs et ensuite je les vends;
  • à la fin, je récupère 100€, déduction faite des frais de plantation;
  • C’est alors que le propriétaire du champs me demande 50€, sur le simple argument qu’il est le propriétaire du terrain.

Voilà la base du capitalisme: la Propriété lucrative. Le fait qu’au nom d’un investissement passé, je récolte de la valeur aujourd’hui sans travailler, c’est donc du Parasitisme économique.

Selon la répartition actuelle de la valeur économique produite en France, 50% de celle-ci va au travail, sous la forme de salaires et de cotisations (charges salariales et patronales), 50% va au capital. Il y a 20 ans, Seulement 30% allait au capital, nous sommes donc dans une phase de régression.

« Ce que Bernard propose, c’est d’abolir la propriété lucrative »

Si l’on considère que 20% (Optimiste) est réinvesti par le capital dans le travail, ça veut dire qu’un tiers de la valeur produite par les travailleurs en France est « Parasitée », c’est à dire ponctionné par le capital au nom de la propriété lucrative.

Ce que Bernard propose, c’est d’abolir la propriété lucrative, afin de supprimer le parasitisme de celle-ci. Pour ce faire, il pense qu’il existe déjà des structures économiques et sociales qui s’affranchissent de ce parasitisme: Le Régime Général de la sécurité sociale, dans sa forme originelles, et le statut de la fonction publique.

Pour le premier, il socialise du salaire grâce aux cotisations, il n’a pas besoin de crédit et ne verse aucun dividende à des actionnaires. En effet, Basé sur les cotisations des salariés, mis dans des grandes caisses communes (c’est la socialisation), il permet de verser dusalaire sous la forme de prestations sociales à des millions de français (allocations familiales, santé, chômage, retraite). Dans sa forme première, la gestion de ces caisses était faite exclusivement par les salariés eux-mêmes, et ceux-ci étaient capables de gérer un budget équivalent au budget de l’état, sans politique, énarques ou quelconque bureaucrates.

De plus, grâce à ces caisses, sans recours au crédit, nous pouvons investir dans des hôpitaux, cela nous affranchit donc du crédit et des banques. Ce que veut dire Friot, c’est que ce système, aujourd’hui, permet de verser une partie des salaires et d’investir sans crédit, alors si il était étendu à l’ensemble du système économique (socialisation des investissements et de l’ensemble des salaires, salaires directs et indirects), alors il détruirait le capitalismepar l’abolition de ses bases: la propriété lucrative et la Notion « d’emploi ».

En effet, ces systèmes suppriment la notion par laquelle, si tu ne travailles pas pour le compte d’un employeur, alors tu n’es pas producteur de valeur, et alors tu ne reçois pas de salaire.

  • M. Dupont tond la pelouse de son jardin pendant le week end : il ne produit rien, pas de salaire;
  • M. Martin tond la pelouse chez M. Dupont pour le compte d’une entreprise d’espaces-verts: il produit, il a du salaire.

C’est la Notion « d’emploi », si tu n’a pas d’emploi, tu n’a pas de salaire, même si tu travailles. Ces structures économiques, elles, reconnaissent le travail, sans pour autant le lier à un emploi. C’est ainsi que du salaire est versé aux parents, qui travaillent à l’éducation de leurs enfants, par les allocations familiales, c’est ainsi que du salaire est versé au personnel de santé, et ainsi de suite.

Le statut de la fonction publique détache le salaire du poste occupé, de « l’emploi » occupé, puisque les Fonctionnaires ont un salaire à vie, lié à leur grade, c’est à dire à leurs qualification, et non à leur poste. il en va de même pour les retraités, qui touchent un salaire à vie, sans emploi.

Le système de demain

« Avec ces systèmes comme base commune, couplé à la socialisation du salaire et à la propriété d’usage des moyens de production, nous pourrions alors sortir définitivement du capitalisme comme moyen de produire »

Ce que nous dit Bernard, c’est donc qu’avec ces systèmes existants, une fois étendus, nous pourrions supprimer le chantage à l’emploi que permet le capitalisme, et qui permet de faire baisser les salaires et de faire jouer la concurrence, au sein des travailleurs. Avec ces systèmes comme base commune, couplé à la socialisation du salaire et à la propriété d’usage des moyens de productions, nous pourrions alors sortir définitivement du capitalisme comme moyens de produire, nous pourrions alors jouir, nous travailleurs, de l’ensemble de la valeur que nous produirons, à la hauteur de notre contribution.schemars-3

Enfin, Friot nous rappelle que le salaire, c’est pas du pouvoir d’achat, mais bien le fruit du travail du salarié, Que la laïcité vient du Laïos, c’est à dire la souveraineté populaire, et que c’est en partie par le syndicalisme, même si celui-ci est profondément malade, que l’on peut faire avancer nos propositions, par un syndicalisme « Offensif » par opposition au syndicalisme défensif dont nous sommes les victimes aujourd’hui.

Pour finir, il nous rappelle aussi que le message du christianisme est une force sociale, qu’il fait partie de cet ensemble d’outils nous permettant de penser la classe ouvrière (étendue à l’ensemble des travailleurs) comme étant le moteur d’elle même, la seule capable de faire tomber la classe bourgeoise et le capitalisme, à condition de la considérer non pas comme une victime, mais bien comme une source d’émancipation par elle-même.

Pour approfondir, vous pouvez lire son livre « émanciper le travail » de Bernard Friot, aux éditions La dispute.

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